Toutes les émotions sont légitimes : comment les accueillir
Ce qui nous touche vraiment, on s’en souvient plus facilement.
Nos émotions aident notre cerveau à décider ce qui mérite d’être retenu. Ce qui nous touche fortement (joie, peur, tristesse, surprise) est mieux enregistré et plus facile à retrouver plus tard. Une émotion, une odeur ou une ambiance familière peut ainsi “rallumer” un souvenir lié à ce vécu.
Combien de fois avez‑vous entendu ou pensé :
- « Je ne devrais pas être aussi triste »,
- « Je ne dois pas me mettre en colère »,
- « je ne devrais pas ressentir de la haine envers… »
- « Pourquoi je réagis comme ça, ce n’est pas normal » ?
Ces phrases montrent à quel point nos émotions, surtout les plus douloureuses et les plus désagréables, sont souvent jugées, rejetées ou minimisées. Pourtant, toutes les émotions, agréables ou désagréables, sont légitimes. Elles ne sont ni bonnes ni mauvaises, elles sont des messages que notre corps nous communique.
Dans cet article, nous verrons pourquoi il est essentiel de normaliser toutes nos émotions, comment la thérapie psychocorporelle peut aider à les accueillir et les adoucir autrement, et quels outils simples vous pouvez utiliser au quotidien.
Pourquoi toutes nos émotions sont légitimes ?
Une émotion est une RÉACTION NATURELLE à une situation vécue, à un besoin non satisfait, à une menace perçue ou à une perte.
- La COLÈRE par exemple peut signaler une limite franchie ou un besoin de respect ou un moyen de se défendre contre une menace.
- La TRISTESSE peut traduire un manque, une perte ou un besoin de prendre soin de soi et parfois derrière la tristesse se cache la colère.
- La PEUR alerte sur un danger, qu’il soit réel ou imaginaire.
- La JOIE indique que quelque chose de fun est en train de se produire.
Quand on dit « je ne devrais pas ressentir ça », on se met en conflit avec soi‑même.
Ce jugement intérieur ajoute souvent de la honte ou de la culpabilité à l’émotion de départ, ce qui la rend plus difficile à traverser et ce qui fait qu’elle résiste.
Ce que la société nous a appris (et le prix à payer)
Très tôt, on nous transmet des messages implicites ou explicites :
Exemple de message explicite :
- « Arrête de pleurer, ça sert à rien. »
- « Ne sois pas si sensible. »
- « Il faut garder le sourire. »
Les messages implicites :
- Un regard dur
- L’expression d’un visage réprobateur
- Un froncement de sourcil
Etc.
Résultat : on apprend à cacher, réprimer ou intellectualiser nos émotions plutôt qu’à les vivre pleinement. À la longue, cela peut se traduire par :
- Une fatigue émotionnelle,
- De l'anxiété diffuse,
- Des blocages physiques (tensions, douleurs, troubles du sommeil),
- Des difficultés à poser des limites, à dire non.
La normalisation des émotions, c’est l’inverse : c’est reconnaître que ce que vous ressentez a du sens, même si c’est inconfortable.
La thérapie psychocorporelle : une aide concrète
La thérapie psychocorporelle repose sur l’idée que le corps garde la trace de nos émotions.
Ce n’est pas seulement “dans la tête”, c’est aussi dans la respiration, la posture, les tensions musculaires, les nœuds dans le ventre ou la gorge.
En quoi cette approche est pertinente sur les émotions ?
Elle permet de prendre conscience de ce que l’on ressent ou de ce que nous avons ressenti.
- Par exemple, une personne peut apprendre à repérer qu’elle serre les mâchoires ou bloque sa respiration quand elle est en colère.
- Elle aide à accueillir l’émotion sans la juger, encourage la libre circulation de l'émotion dans le corps plutôt que de la refouler.
- Elle soutient la RÉGULATION ÉMOTIONNELLE : au lieu de “se contrôler”, on apprend à traverser l’émotion avec plus de fluidité.
En séance de THÉRAPIE INTELLIGENCE RELATIONNELLE®, ça passe par :
- L’alliance thérapeutique, client.e et thérapeute co-construisent dans la relation un lien de confiance et de sécurité, là où dans le passé le lien avec les figures d’attachement était insécure. Ce lien va permettre au client.e de vivre l’émotion (si iel y consent, il n'y a aucune obligation) dans une relation sécure. Iel fera ce que nous appelons une expérience correctrice. Cette expérience qui peut se renouveler va créer un nouveau chemin neuronal qui viendra adoucir le premier (celui qui réprime, cache, intellectualise les émotions).
- Et nous posons des mots pour donner du sens à ce qui se vit, à ce qui a été vécu.
La thérapie psychocorporelle est particulièrement adaptée quand :
- les émotions sont difficiles à mettre en mots,
- on a l’impression de “tout garder à l’intérieur”,
- on ressent des tensions chroniques ou des blocages physiques sans cause médicale claire.
- Quand on vit encore et encore la même situation sans parvenir à en sortir.
Apprendre à accueillir ses émotions au quotidien
Voici quelques pistes simples, que vous pouvez utiliser seul·e ou en complément d’un suivi thérapeutique.
1. Nommer précisément ce que vous ressentez
Au lieu de dire « je ne vais pas bien », essayez de préciser :
- « Je me sens frustré·e parce que… »
- « J’ai de la tristesse liée à… »
- « Je ressens de la peur à l’idée que… »
- « une partie de moi est en colère parce que… »
Souvent le simple fait de nommer l’émotion réduit son intensité et la rend plus compréhensible.
Et parfois, il arrive que nous ne sachions pas le pourquoi de la tristesse qui nous cueille au matin, au sortir du lit. On ne sait pas pourquoi cette vague d’angoisse vient nous submerger et c’est ok de ne pas savoir. L’accompagnement est là justement pour que nous trouvions, ensemble, le pourquoi, l'origine de l'émotion.
2. Observer sans juger
Quand une émotion fait son apparition, vous pouvez vous dire :
- « Je ressens de la colère, et c’est normal dans cette situation. »
- « Je suis triste, parce que ça me touche tellement. »
Adopter autant que possible une attitude de bienveillance envers soi‑même est un pas essentiel pour normaliser nos émotions.
3. Écouter le corps
Posez‑vous ces questions :
- Où est‑ce que je sens dans mon corps ?
- Quelle zone est tendue, lourde, chaude ou froide ?
- Ma respiration est‑elle rapide, bloquée, superficielle ?
Prendre conscience des signaux corporels soutien la régulation de nos émotions.
4. Mini‑exercice de respiration
- Asseyez‑vous ou allongez‑vous confortablement.
- Posez une main sur le ventre, l’autre sur la poitrine.
- Inspirez lentement par le nez en gonflant le ventre.
- Expirez doucement par la bouche en laissant le ventre se dégonfler.
- Répétez 5 à 10 fois.
Cet exercice simple aide à réguler le système nerveux et à retrouver un sentiment de tranquillité.
Quand consulter un.e thérapeute
Consulter un·e thérapeute psychocorporel peut être utile :
- quand vous avez l’impression de “tout garder à l’intérieur”,
- quand vos émotions vous submergent ou vous coupent de votre corps,
- quand vous avez des tensions chroniques, des blocages ou des douleurs sans cause médicale claire,
- quand vous souhaitez apprendre à mieux vous connaître, à poser des limites et à vivre vos émotions avec plus de fluidité.
Le cadre thérapeutique offre un espace sécurisant pour :
- explorer vos émotions sans jugement,
- comprendre leurs origines,
- expérimenter des outils corporels adaptés à votre situation.
Conclusion
NORMALISER NOS ÉMOTIONS, C’EST REVENDIQUER que nous sommes un être vivant, sensible, en mouvement, loin d’être une machine qui doit à tout « prix » – et souvent le prix est élevé - à rester positif.
Que ce soit la joie, la colère, la tristesse ou la peur, chaque émotion a sa place et sa fonction.
La thérapie psychocorporelle est un soutien précieux pour :
- apprendre à écouter votre corps,
- apprendre à laisser passer les émotions sans les rejeter,
- retrouver une connexion plus fluide entre ce que vous ressentez, ce que vous vivez et ce que vous exprimez.
Si vous le souhaitez, vous pouvez commencer dès aujourd’hui par un petit geste simple :
Nommer une émotion que vous ressentez en ce moment, reconnaissez-la comme légitime et incontestable, localisez-la dans votre corps, observer si elle bouge, si elle se transforme, sans chercher à la changer. Vous pouvez aussi lui parler, « oui tu es en colère, et je comprends que tu le sois, parce que c’est pas ok ce qui s’est passé ».
Ce petit pas peut déjà faire une grande différence dans votre relation à vous‑même.