"C'est de ma faute" : Et si cette voix mentait ?
ET si le " c'est de ma faute" était en réalité
" je n'ai rien pu faire " ? (#SentimentDImpuissance)
Cette petite phrase, si familière pour beaucoup, est comme un écho lointain — celui d’un enfant qui a appris à porter le poids du monde sur ses épaules.
Pourtant, derrière cette culpabilité tenace se cachent souvent des blessures d’attachement, des traumas non résolus, ou une sensibilité à fleur de peau.
Dans cet article, explorons d’où vient cette conviction, pourquoi elle persiste, et surtout, comment lui répondre avec bienveillance.
1. D' où vient cette voix ? Les racines de la culpabilité
L' attachement : les premières racines
Dès l’enfance, nos relations avec nos figures d’attachement (parents, proches) façonnent notre rapport à la responsabilité. Selon le type d’attachement développé, la culpabilité s’installe différemment :
- Attachement anxieux : « Si je ne suis pas parfait·e, je ne serai pas aimé·e. »
L’enfant apprend à anticiper les besoins de ses proches (parents) pour éviter l’abandon, intériorisant l’idée que les émotions des proches dépendent de lui. « Si maman est triste ? C’est parce que je n’ai pas fait ou dit ce qu’il fallait. » À l’âge adulte, cette croyance se généralise : « Mon collègue est en colère ? J’ai dû faire quelque chose. »
- Attachement désorganisé : « Je ne sais pas ce qui va déclencher la colère ou l’indifférence. »
Dans un environnement imprévisible, l’enfant se sent responsable et fait des tentatives pour « gérer » les humeurs de ses proches (parents) pour se sentir en sécurité. « Si je suis sage, peut-être que papa ne criera pas. »
- Attachement évitant : « Je ne mérite pas d’aide. » La culpabilité est ici masquée par une apparente autonomie, mais elle resurgit sous forme de honte ou d’auto-sabotage.
Pourquoi ?
La culpabilité est un leurre rassurant : si tout est « de ma faute », alors j’ai l’illusion de pouvoir contrôler la situation.
Les traumas : quand la culpabilité devient une armure
Les expériences traumatiques — surtout précoces — figent la perception de soi dans un rôle de « coupable » :
- Culpabilité du survivant : Après un événement traumatique (abus, accident, perte), il est fréquent de se dire « J’aurais dû faire autrement », même si on n’avait aucun pouvoir sur la situation.
- Identification à l’agresseur : Un mécanisme de défense où la victime adopte le point de vue de l’agresseur pour préserver un lien vital (ex. : « Papa a crié parce que je suis nul·le » au lieu de « Papa a un problème de colère »).
- Sidération : Le cerveau, submergé, cherche une explication simple. « C’est de ma faute » est une réponse – erronée – qui donne l’illusion de contrôle.
Exemple clinique :
Un patient victime de harcèlement scolaire se reproche encore, 20 ans plus tard, de « ne pas avoir su se défendre ». En thérapie, il découvre que cette culpabilité le protégeait d'une vérité insupportable :
" J’étais impuissant ", et ça, c’est insupportable.
2. Pourquoi cette voix persiste-t-elle ? Mécanismes et pièges
Le cerveau en mode "survie"
Le trauma active des circuits neuronaux qui biaisent notre perception :
- L’amygdale (siège de la peur) surréagit aux critiques, même imaginaires.
- Le cortex préfrontal (raisonnement) est « hors service » face à des souvenirs non digérés.
Résultat : « C’est de ma faute » devient un réflexe, même face à des événements objectifs.
La Haute Sensibilité : un amplificateur émotionnel
Les personnes hautement sensibles (PHS) perçoivent les émotions — les leurs et celles des autres — avec une intensité accrue. Cette hyper-empathie peut :
- Diluer les frontières entre soi et l’autre : Tu ressens la détresse des autres comme si c’était la tienne, et donc tu te sens responsable de la soulager.
- Générer une sur-responsabilisation : « Si je ne fais pas attention, je vais blesser quelqu’un » devient une obsession, même pour des détails anodins.
- Créer un biais d’interprétation : Une remarque neutre est lue comme une critique, et la culpabilité s’active automatiquement.
Attention :
L’hypersensibilité n’est pas une cause directe, mais elle peut rendre plus vulnérable à l’intériorisation de la culpabilité, surtout si elle s’est développée dans un environnement invalidant (« Arrête de pleurer pour rien »).
La société : une autre racine
Les messages culturels - « Sois fort·e », « Ne fais pas d’histoires » - renforcent
l’idée que nos besoins sont un fardeau. Les femmes, en particulier, sont
socialisées à porter la charge émotionnelle des autres.
3. Comment répondre à cette voix ? Quelques pistes...
Distinguer culpabilité VS responsabilité
- Culpabilité : « J’ai fait du mal » (jugement moral).
- Responsabilité : « J’ai un rôle à jouer » (action concrète).
A tester : Face à une situation, se demander : « Suis-je vraiment coupable ou responsable ?»
Se poser la question : « suis-je coupable ou suis-je responsable ? » et en parler avec une personne de confiance pour avoir un autre point de vue !
Retrouver l'origine
En thérapie, on part en exploration :
- « Depuis quand (approximativement) ai-je commencé à me dire que « c’est de ma faute ? » (pour certain.e.s le sentiment est présent depuis toujours)
- « Qu’ai-je vécu qui m’a fait croire que c’était de ma faute ? »
- Et on passe par la case psychoéducation !
Idées à tester :
- Tenir un journal de bord : Noter les situations déclenchantes et les croyances associées.
- Lettre à l’enfant que nous étions : Écrire à l’enfant qu’on a été pour lui dire : « Ce n’était pas à toi de prendre ces responsabilités, pas à toi de soulager la souffrance de tes proches, pas à toi de rassurer ton parent, pas à toi d’éviter que tes parents se fâchent. »
Réécrire le récit
- Désensibiliser les souvenirs traumatiques liés à la culpabilité.
- Thérapie : Réparer les modèles relationnels précoces et remettre la responsabilité à qui elle appartient vraiment.
- Auto-compassion : Remplacer « C’est de ma faute » par « J’ai fait du mieux que je pouvais ! » - et prendre ses responsabilités quand c'est le cas.

